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L'intelligence artificielle, compagnon de travail, article du journal Quinte Essens Studio 92
Coulisses · 8 août 2026

L'intelligence artificielle, compagnon de travail

On m'a beaucoup dit que l'intelligence artificielle allait remplacer les photographes. J'en ai fait un autre usage : pendant dix jours, j'ai refait tout mon site avec elle. Voici ce que j'y ai gagné, ce qu'elle m'a coûté, et ce qu'elle n'a pas touché.

Ce que nous avons fait, en chiffres

Je préfère commencer par du concret, parce que ce sujet produit surtout des généralités.

Vingt-neuf pages de site refondues, avec une feuille de style et un script communs à toutes, là où chaque page portait auparavant sa propre copie.
Trente-six questions de foire aux questions, classées selon deux axes croisés : l'univers et l'étape du parcours.
Seize articles de fond rédigés et sourcés.
Sept portes dérobées trouvées dans mon site, dont une qui réécrivait mon formulaire de contact à mon insu.
Un espace de commentaires avec sa base de données, sa modération et sa notification, construit de zéro.

Seul, il m'aurait fallu des mois, ou plus vraisemblablement je ne l'aurais jamais fait.

Ce qui m'a le plus surpris n'est pas la vitesse

Je m'attendais à gagner du temps. Ce que je n'attendais pas, c'est qu'elle trouve dans mon propre site des choses que je regardais depuis des mois sans les voir.

Ce qu'elle a trouvé, ce qu'elle a cassé
Relevé établi à partir de nos échanges des 5 au 8 août 2026.

Mon ancienneté existait en trois versions. Ma page d'accueil annonçait vingt et un ans de métier, ma page À propos vingt et un ans dont dix professionnels, et ma foire aux questions un début en 2017 avec un statut professionnel en 2024. Une future mariée qui comparait deux pages lisait vingt et un ans d'un côté et deux ans de l'autre.

Deux de mes articles annonçaient à Google le même titre, qui n'était celui d'aucun des deux. C'était un reste du fichier modèle, en ligne depuis des mois, invisible à l'écran.

Un chiffre que tout mon métier répète. En préparant un article sur la confiance en soi, elle a cherché l'étude qui affirme que 92 % des participantes retrouvent confiance après une séance. Cette étude n'existe pas : les sites se citent en boucle, sans auteur, sans année, sans échantillon. Je l'aurais repris de bonne foi.

Voilà, pour moi, la vraie valeur. Elle ne se fatigue pas, ne se lasse pas de relire, et elle n'a aucune indulgence pour ce qu'elle a écrit la veille.

Ce qu'elle a cassé

Il serait malhonnête de m'arrêter là. Elle a aussi mis mon site à terre, une fois, franchement.

Je lui avais demandé de supprimer tous les tirets longs du site. Elle en a retiré trois cent huit, et au passage elle a nettoyé la ponctuation autour. L'une de ces corrections remplaçait une virgule suivie d'un point par un point seul. Or c'est exactement la forme d'une liste de sélecteurs en langage de style. La navigation est devenue illisible sur les vingt-neuf pages.

Il a fallu reconstruire les feuilles de style depuis une version saine, puis réappliquer une à une les modifications précédentes. Elle a aussi corrigé trois fois la barre de navigation avant d'y arriver, produit une requête que la base de données a refusée, et affiché un message d'erreur qui m'a envoyé chercher au mauvais endroit pendant une soirée.

Ce n'est pas mon expérience isolée. Une analyse de 470 demandes de modification sur des projets ouverts montre que le code écrit avec une IA contient 1,7 fois plus de problèmes que le code humain : 10,83 contre 6,45 par contribution. Une autre étude a mesuré ce que les développeurs croyaient gagner et ce qu'ils gagnaient réellement : ils attendaient 24 % de temps en moins, ils ont été 19 % plus lents.

Autrement dit, le temps économisé à écrire se reporte sur la vérification. Ce n'est pas une raison de s'en priver, c'est une raison de ne jamais publier sans regarder.

Ce qu'elle n'a pas fait

Elle n'a pris aucune photographie. Pas une. Toutes les images de ce site sont les miennes, faites avec mon boîtier, dans des lieux où j'étais présent, avec des gens à qui j'ai parlé.

Elle ne connaît pas mes clients. Elle ne sait pas qu'une mariée s'est mise à pleurer pendant les préparatifs, ni pourquoi j'ai attendu trois minutes avant de lever l'appareil. Elle n'a jamais senti la tension d'une personne qui se déshabille devant un inconnu, ni le moment précis où cette tension retombe.

Elle n'a pas non plus décidé de mes tarifs, ni de mes limites. Quand elle a écrit que je ne conditionne jamais une séance à l'autorisation de publier, elle reprenait une règle que j'avais posée.

Le goût ne se délègue pas. Elle m'a proposé des visuels typographiques pour mes articles. Ils étaient corrects, homogènes, et sans âme. Je les ai remplacés par mes photographies.

Mes cinq règles, apprises à mes dépens

Je demande toujours pourquoi. Une réponse qui ne s'explique pas est une réponse que je ne peux pas vérifier, donc que je ne peux pas assumer.
Je garde une version qui marche. Chaque étape est archivée avec son numéro. C'est ce qui a permis de tout remonter le jour où elle a cassé le site.
Je teste moi-même. Elle vérifie son code, elle ne le regarde jamais à l'écran. Un texte invisible ne se détecte pas dans du code, seulement sur un téléphone.
Je ne publie rien qu'elle a écrit à ma place sans le relire.
Je lui laisse le droit de me contredire. Les meilleurs moments ont été ceux où elle m'a dit qu'une de mes idées était mauvaise, et pourquoi.

Alors, compagnon ?

Le mot me convient, à condition de le prendre au sérieux. Un compagnon n'est pas un outil qu'on allume, et ce n'est pas non plus quelqu'un à qui l'on confie sa signature.

Ce que j'ai trouvé, c'est un interlocuteur infatigable, qui connaît des choses que j'ignore, qui se trompe régulièrement, et qui le dit quand on le lui demande. Il a rendu possible un travail que je repoussais. Il ne fera jamais une seule de mes photographies.

Et je crois que c'est très bien ainsi.

Sources
  • CodeRabbit, analyse de 470 demandes de modification sur GitHub, 2025 : 10,83 problèmes en moyenne pour le code co-écrit avec une IA, contre 6,45 pour le code humain.
  • Model Evaluation and Threat Research (METR), 2025 : les développeurs anticipaient 24 % de gain de temps et ont été mesurés 19 % plus lents.
  • Veracode, GenAI Code Security Report, 2025 : sur 80 tâches de complétion de code, 45 % du code produit présentait une faiblesse de sécurité connue.
Manuel, photographe fondateur de Quinte Essens Studio 92
Manuel
Photographe · Quinte Essens Studio 92, Antony (92)
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